Auto-entrepreneur dans la restauration : les obligations à régler avant de vendre votre premier plat

16 octobre 2026

Un food truck, une activité de traiteur, des repas livrés depuis votre cuisine, un service de chef à domicile : la micro-entreprise est souvent le premier statut des gens qui se lancent dans la bouche. C’est simple à créer, et c’est précisément le problème. On s’immatricule en dix minutes, on achète son matériel, on ouvre son compte Instagram… et personne ne vous a dit qu’un inspecteur peut vous fermer dès la première semaine.

Voici les sept points à régler avant d’encaisser votre premier client, dans l’ordre où vous les rencontrerez. Ils ne dépendent pas de votre statut juridique : une micro-entreprise a exactement les mêmes obligations qu’une SARL dès lors qu’elle nourrit des gens.

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1. Vérifier que la micro-entreprise est compatible avec votre projet

Oui, on peut vendre de la nourriture en micro-entreprise. C’est une activité commerciale (vente de denrées à consommer sur place ou à emporter), avec le plafond de chiffre d’affaires de la vente de marchandises, soit environ 188 700 € par an, et un abattement forfaitaire de 71 % pour le calcul de l’impôt.

Deux réalités à regarder en face avant de choisir ce statut :

  • L’abattement de 71 % ne correspond pas à vos vrais coûts. Entre la matière première (30 à 35 % du chiffre d’affaires), le véhicule ou le local, l’énergie et les emballages, un food truck dépasse souvent ces 71 % de charges réelles. Vous serez alors imposé sur un bénéfice que vous n’avez pas fait.
  • La TVA en restauration est un casse-tête : 10 % sur les plats à consommer immédiatement, 5,5 % sur certains produits à emporter, 20 % sur l’alcool. Tant que vous êtes en franchise, vous ne la facturez pas, mais vous ne la récupérez pas non plus sur vos achats et votre matériel. Le jour où vous dépassez le seuil, il faut tout ventiler.

La micro-entreprise est parfaite pour tester un concept pendant un an. Au-delà, faites le calcul avec un comptable.

2. Déclarer votre activité à la DDPP avant le premier service

C’est l’obligation que 80 % des créateurs ignorent. Tout établissement qui prépare, transforme ou distribue des denrées alimentaires doit se déclarer auprès de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de son département, via le formulaire Cerfa n° 13984. C’est gratuit, ça se fait en ligne, et c’est obligatoire avant de commencer.

Cas particulier qui pièges les traiteurs : si vous vendez vos produits à d’autres professionnels (un restaurant, une épicerie, un comité d’entreprise) et non directement au consommateur, vous entrez dans le champ de l’agrément sanitaire ou de la dérogation à l’agrément. C’est un dossier beaucoup plus lourd, et travailler sans alors que vous y êtes soumis est une infraction pénale.

3. Suivre la formation hygiène obligatoire

Depuis 2012, tout établissement de restauration commerciale doit compter au moins une personne ayant suivi une formation spécifique de 14 heures en hygiène alimentaire (article L. 233-4 du code rural et de la pêche maritime). Restaurant, snack, food truck, dark kitchen, vente à emporter : vous êtes concerné. En micro-entreprise, cette personne, c’est vous.

Trois choses à savoir pour ne pas se faire avoir :

  • Ce n’est pas une « formation HACCP » de deux heures sur internet. La loi impose 14 heures avec des mises en situation en présence, et depuis le 1er février 2026 seul un organisme autorisé par arrêté préfectoral peut la dispenser. Le numéro de l’arrêté doit figurer sur votre attestation : c’est ce que l’inspecteur vérifie.
  • Elle n’est pas éligible au CPF. Un organisme qui vous promet le contraire vous promet quelque chose d’impossible. Les financements possibles passent par France Travail si vous êtes demandeur d’emploi, ou par l’AGEFICE une fois votre activité lancée.
  • Vous en êtes dispensé si vous avez un diplôme de la restauration obtenu après 2006 ou trois ans d’expérience comme exploitant. Pour tous les autres, c’est 14 heures, point.

Pour le détail du programme, des dispenses et de ce que l’inspecteur demande réellement, l’organisme lyonnais OAFormation a publié une page de référence sur la formation hygiène alimentaire obligatoire en restauration commerciale.

Chef à domicile ou traiteur pur ? La réponse dépend de ce que vous faites concrètement : cuisiner chez le client, livrer des plats préparés ou organiser des réceptions ne relèvent pas du même cadre. Le sujet a été précisé par une instruction ministérielle en 2026, détaillée dans cet article : traiteur, formation hygiène obligatoire ou pas ?

4. Travailler dans une cuisine qui tient la route

Cuisiner chez soi pour vendre n’est pas interdit en soi. Mais votre cuisine devient un local professionnel soumis au « Paquet hygiène » européen : surfaces lavables, séparation du propre et du sale, froid à température contrôlée, pas d’animaux, pas d’usage familial pendant la production. Dans les faits, une cuisine de particulier passe rarement un contrôle.

Les solutions qui marchent : une cuisine partagée (les « dark kitchens » louent des créneaux à l’heure), un laboratoire loué à un restaurateur qui ferme le matin, ou un food truck dont l’aménagement est conçu pour ça. Dans tous les cas, prévoyez dès le départ un plan de maîtrise sanitaire : le document qui décrit comment vous gérez les températures, le nettoyage, la traçabilité et les allergènes. C’est le premier document que l’inspecteur demande, et un auto-entrepreneur n’en est pas dispensé.

5. Alcool : la question qu’on se pose trop tard

Vous voulez proposer une bière avec le burger, ou du vin lors de vos prestations traiteur ? Le simple fait de servir de l’alcool déclenche une réglementation à part entière :

  • Consommation sur place (une terrasse devant le camion, un événement où vous servez) : il vous faut une licence de débit de boissons, une déclaration en mairie au moins 15 jours avant, et le permis d’exploitation, une formation de 20 heures qui est à votre nom, pas à celui de l’entreprise.
  • Vente à emporter (une bouteille dans le panier repas) : une licence à emporter et une déclaration en mairie, avec une formation spécifique si vous vendez entre 22 h et 8 h.
  • Boissons sans alcool : aucune licence nécessaire depuis 2011.

Servir de l’alcool sans licence, c’est une fermeture immédiate possible et jusqu’à 3 750 € d’amende. Beaucoup de food trucks commencent sans alcool pour cette raison, et c’est un choix raisonnable la première année.

6. Food truck : les autorisations avant de garer le camion

Le food truck cumule les obligations du restaurateur et celles du commerçant ambulant :

  • une carte de commerçant ambulant si vous vendez en dehors de la commune où votre entreprise est domiciliée (délivrée par la CCI, valable 4 ans) ;
  • une autorisation d’occupation du domaine public pour chaque emplacement sur la voie publique, demandée à la mairie, avec une redevance ; sur un terrain privé, l’accord écrit du propriétaire ;
  • le véhicule lui-même doit être conforme aux règles d’hygiène (eau potable, évacuation, froid, surfaces) et à la réglementation gaz si vous cuisinez au gaz.

Anticipez : certaines mairies attribuent les emplacements sur appel à candidatures, une fois par an. Un camion sans emplacement est un camion qui ne vend pas.

7. Informer le client : allergènes, prix, origine

Même sur un comptoir de deux mètres, l’information du consommateur est obligatoire :

  • les 14 allergènes à déclaration obligatoire doivent être indiqués par écrit, sur la carte ou sur un document disponible à la demande, pour chaque plat ;
  • les prix TTC affichés et lisibles de l’extérieur ;
  • l’origine de la viande (bovine, porcine, ovine, volaille) pour les plats cuisinés qui en contiennent ;
  • pour les produits emballés vendus à emporter : un étiquetage complet avec dénomination, ingrédients, date limite, conditions de conservation.

Ce sont des contrôles de la DGCCRF, pas de la DDPP sanitaire, et ils peuvent arriver en même temps.

Dans quel ordre faire tout ça

  1. Valider le concept et le statut avec un comptable (plafond, TVA, charges réelles).
  2. Immatriculer la micro-entreprise.
  3. Suivre la formation hygiène 14 h (et le permis d’exploitation si alcool), avant même d’avoir un local : les attestations sont à votre nom et vous suivent partout.
  4. Trouver la cuisine ou le véhicule, et rédiger le plan de maîtrise sanitaire.
  5. Déclarer l’activité à la DDPP (Cerfa 13984), et en mairie pour l’alcool.
  6. Obtenir les autorisations d’emplacement.
  7. Préparer l’affichage (allergènes, prix, origine) et ouvrir.

Comptez entre un et deux mois entre la décision et le premier service si vous ne faites rien traîner. Ceux qui s’y prennent la semaine de l’ouverture découvrent généralement que la prochaine session de formation hygiène est dans trois semaines.

Dernier conseil de terrain : gardez toutes vos attestations et déclarations dans un classeur, dans le camion ou dans la cuisine. Un contrôle dure trente minutes quand les papiers sont là. Il dure beaucoup plus longtemps, et finit beaucoup moins bien, quand ils sont « à la maison ».

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